Éffondrement (2)
Ébranlement de toute la pensée occidentale. Ébranlement de toute notion de pardon.
Ébranlement de tout le corps détruit par la chimiothérapie qui doit vous sauver la vie. Peut être. Ou peut être pas. Ébranlement de L’amour, qui n’est jamais assez. Ébranlement des bombardements. La terreur, la déflagration, la poussière, mal aux oreilles, mal au ventre, rendre ses tripes, cracher son venin, vomir sa haine, dégueuler sa peur.
Rien ne saurait me dévier de mon devoir, je tire, je tue, je traverse les charniers sans faillir, Dieu l’a voulu, Dieu est avec moi.
L’enfant dans les remous de l’océan tandis que les hommes retiennent la mère qui veut sauter aussi. Personne ne sait nager sur le canot. Le garde crie, le passeur crache, le tortionnaire sort essuyer ses mains humides de sang . Je n’ai plus de larmes, je n’ai plus de sentiment. Je tue car on m’a tué.
Il se débat dans la houle nocturne. Il y a des étoiles dans le ciel, dans l’eau le plancton scintille.
Déjà on ne n’entend plus se débattre l’enfant sans cri, le vent pousse le canot, on a redémarré le moteur. Ils s’enfoncent dans la nuit comme dans un cauchemar.
Ton fils est parti en Syrie, ta fille vend son corps pour acheter sa dose. Quelle foi pourrait t‘aider à survivre à cet indicible ébranlement de tes plus intimes convictions. Aimer ses enfants devrait suffire à les protéger du mal.
L’enfant a coulé, la mère n’est que douleur infinie. Dieu prends ma vie, sauve le ! Prends le dans tes bras. Sois bénis ! Mon fils unique. Sois bénis…
L’eau est contaminée, la terre, les légumes, le vin, le blé, le fleuve où se baignent les gosses, le pain, les patates, l’air que tu respires, ton corps plein de plomb, de mercure, de per-et polyfluoroalkylés, de plastique. Tu pues la mort, la pourriture, la fin de tout espoir de résurrection.
Mais si je t’aime assez fort, tu survivra, tu deviendra papillon, arbre, ruisseau car tout meurt et tout revit incessamment.
Pourquoi pas nous misérables humains. Le corps dépérit, disparaît, se dissous dans la nature, puis reviens sous une autre forme du vivant, animal, plante, matière organique, paysage…
Rien n’ébranle le cycle de la vie et de la mort entremêlées.
Mon amour, nous nous retrouverons ailleurs, autrement.C’est ma foi, mon espoir, inébranlables...
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