Carnaval
Le problème, lorsqu’on part, c’est qu’il faut revenir, en général….
Ailleurs c’est ici aussi , mais quand même pas tant que ça : chaleur, pollution, embouteillage, oui mais le lent mouvement des palmes dans le vent…
Les petites baies d’un bleu céruléen, exactement comme dans la carte postale, entourées d’une végétation luxuriante, les chants des oiseaux, le vol des pélicans...Avec la radio à fond, soca ( soul calypso) jaillissant des voitures ou d’un bar, ici on aime la musique et la danse, mélange d’exubérance joyeuse et d’indolence ( c’est qu’il fait chaud quand même), odeur de kérosène et trous dans la chaussée. Églises, temples, mosquées, tout est bon pourvu qu’on y croit, la tolérance religieuse est totale. Nous voilà sommés de lire un extrait de la bible version orthodoxe avec notre guide devant une église bénie par Haïlé Sélassié, nous qui allions innocemment observer les poissons dans une baie, nous avons droit à la rencontre du roi Salomon et de la reine de Saba en anglais, sorte d’ apéritif si on peut dire ! Du moment qu’on n’est pas condamné à pénitence …
Les femmes sont d’une coquetterie inouïe, faux cils et longs ongles peints, bijoux et coiffures recherchées, nattes, rajouts, perruques, les formes sont voluptueuses et assumées, pas mal de surpoids aussi, les hommes exhibent leurs muscles et ne sont pas en reste question coiffure et bijoux.
La danse locale n’a rien a envier à celle dite « du ventilateur » jeu de bassin qu’on pratique en toute candeur, seul(e) ou à deux, collé/serré c’est roulé, on se marre sans arrière pensée, c’est là que tu te sens blanc, maigre et coincé !
La nuit tombe à 18h30, il fait à peine moins chaud, on voudrait que cela dure toujours ... Parfois les moustiques attaquent si un marigot est trop près. Tout reste allumé sous les porches des maisons la nuit entière, peur des « malfrats », ici le nombre de morts par balles reste important, une personne sur quatre vit sous le seuil de pauvreté, quand au statut de la femme, je doute qu’il soit très enviable...Trop peu de temps pour évaluer ces subtilités, de plus c’est le grand carnaval, donc l’atmosphère est particulièrement à la fête, tout le monde s’y prépare depuis des mois, pour quatre jours de défilés, danse, musique, concours de costumes et de steel-bands, pas question d’annuler à cause du corona, non mais !
Tout le monde est dans la rue, costumés ou pas, les steel-bands défilent sur de gros camions, certains orchestres peuvent avoir cent joueurs, basse, médium et ténors, car le steelpan, c’est une percussion mélodique, un bidon dont le dessus à forme concave est martelé de façon à sonner selon des accords bien précis, le rythme étant soutenu par les gros tambours en peau , des cymbales, une batterie classique, c’est "l'engine room ». La mélodie est portée essentiellement par les bidons ténors, c'est "la frontline".
La gestuelle bondissante des percussionnistes est une vraie chorégraphie à voir!
L’instrument a été créé dans les faubourgs pauvres, le fameux quartier Laventille où on ne s’aventure pas la nuit. Mal vu à ses débuts vers 1930, il est devenu une institution, on y joue à tous les âges , garçon ou fille, c’est vraiment impressionnant. Pourquoi des bidons ? Parce qu’ici on produit du pétrole, ce qui a boosté l’économie du pays depuis l’indépendance dans les années 60….
On est au bout du chapelet des Antilles anglaises, en face des côtes du Venezuela, un lieu de passage des pirates autrefois….
Retour en Occident.Trois avions, 15 heures de vol, et cette chère douane canadienne qui vous toise comme de possibles criminels, tandis que vous stressez à l’idée de rater la correspondance…Aussi antipathiques que les américains, voyez le genre…
Quelques masques dans les aéroports, on regarde avec étonnement la neige sur Montréal, la tête encore dans les cocotiers et le bleu de la mer…Et puis voilà, le retour à la réalité, pluie vent, c’est mars, les jacinthes fleurissent et les tulipes se préparent, ça paraît bien minable à côté du vol des Ibis rouges sur la mangrove de Caroni...Une vision enchanteresse, juste pour notre dernière journée caribéenne.