Plus rien dire...
Plus rien imaginer
Plus la naïveté d’écrire
un poème pour tuer le temps
État de stupeur, chagrin sourd
Ce chagrin qui ne vous laisse pas
le soulagement de pleurer
Comment décrire
cette impression mortifère
Une sorte d’accablement qui pèse
et rend toute initiative
dérisoire
Le monde continue bien sûr
Morosité d’un deuxième tour
où l’abstention le dispute
à l’indifférence
Tu n’es plus là
ma chère amie
pour faire éclater ta colère
et ton angoisse face à ce pays
où l’on vote pour le rejet de l’autre
plutôt que se révolter
contre l’exil fiscal
Quel monde délétère
Quand on voit tous ces gens
rivés à leur portable
le culte des selfies
et des influenceurs
Même « l’art » ou « la culture »
sont prétextes à consommer,
à se conformer aux injonctions
permanentes de la société
Il y a des années
Tu m’as dit
« c’est une chance de pouvoir écrire
pour surmonter la douleur d’exister »
C’était un de nos liens,
L’écriture.
tu m’as encouragée
poussée à continuer,
à faire lire mes textes
Ton opinion avait beaucoup
d’importance pour moi.
On s’échangeait des livres
Je te faisais découvrir Jacques Séréna,
« Quelque chose noir » de jacques Roubaud,
Tu m’offris « Blesse, ronce noir »
de Claude Louis-Combet.
C’est précieux de partager
ce goût de la littérature.
Avec qui vais- je échanger
mes coups de cœur
pour tel(le) poète ou
tel texte, qui me parlera
des heures d’Euripide
ou des vers de Racine ?
Tu as payé cher ton intransigeance,
la vie n’était jamais tiède avec toi.
Cette quête de re-connaissance
Ce père en théâtre
que tu recherchais, ce père repère,
cette « réparation » qui t’as manqué
C’était ta blessure secrète.
« J’ai encore des choses à faire
dans ce monde » disais tu.
« Pas prête à sortir de scène, pas encore ! »
Plus rien « écrire » sans toi ...
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