Capitale

Publié le par Jacquette

Alors je prends le métro, ce que je n’ai pas fait depuis quelques semaines. Je vois des gens dormir derrière les sièges en plastique moulé étudiés pour empêcher les sans domiciles de s’installer sur un banc, donc ils sont coincés entre la voûte de béton carrelé et le dos des sièges, là où circulent parfois des souris. Je vois un homme qui récite une litanie pour mendier dans la rame, tous les gens ont des écouteurs dans les oreilles et les yeux rivés sur leur écran, un homme avec des mains de travailleur, de grosses mains inemployées. Personne ne le regarde vraiment, il doit être le énième du jour sur cette ligne…

Je vois un jeune couple de japonais avec leur petit en poussette, le gamin prend son pied en chaussette pour mâchouiller ses orteils, ma voisine qui lit Robert Walser murmure : « Ah comme j’aimerai être souple comme ça ! » et nous contemplons en souriant le bambin. Les deux  types en face de nous jacassent dans un idiome d’Europe de l’est, je vois des jeunes hommes noirs, des jeunes femmes voilées, des touristes en short, sûrement américains (surpoids et short/basket, typique), un couple âgé en goguette et décontracté,une chinoise qui tient son nouveau né dans les bras, ni poussette ni porte-bébé ni sac, je vois deux splendides jeunes femmes en boubou qui admirent le bébé, je vois des visages tous différents, j’entends des langues variées, je vois des cultures, des générations, des classes sociales qui se côtoient, se parlent où s’ignorent, je me rappelle que Paris est une capitale européenne où toutes les nations sont représentées, où les gens viennent parfois de très loin pour contempler ses trésors culturels, ou pour fuir la guerre et la misère, et je suis heureuse de voir tant de différences se côtoyer librement, touristes, réfugiés, immigrés, « étrangers résidents », comme l’intitulé de l’exposition de la collection Martin Karmitz.

Ce n’est pas la France moisie que je redoute avec un certain ministre de l’intérieur, qui arrive à faire pire que le « ministère de l'immigration et de l’identité nationale » sous Sarkozy (ça fleurait bon son Pétain,ça!). Bon, tous les types de l’intérieur sont répugnants, mais j’ai honte de mon pays qui refuse d’accueillir dignement des victimes de la guerre et du colonialisme, j’ai honte de voir des gens dormir dans la rue, j’ai honte des camps, des reconduites à la frontière, des mineurs suspectés de ne pas l’être par des fonctionnaires, j’ai honte de cette hypocrisie et de ce manque de courage politique de l’Europe.

De la vie ou survie, quelque part au Sénégal....

De la vie ou survie, quelque part au Sénégal....

Publié dans Humeur, existence, société

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